L'ancre d'un voilier de luxe LVMH/Accor détruit une épave de la Seconde Guerre mondiale à Saint-Cyr-sur-Mer

Un vestige de guerre pulvérisé en un après-midi
C'était un sanctuaire sous-marin. Depuis 82 ans, la carcasse du P-38 reposait dans la baie des Lecques, à Saint-Cyr-sur-Mer, dans le Var. Un témoin de ferraille et d'histoire, figé à 38 mètres sous la surface. Les plongeurs locaux le connaissaient bien. Ils venaient l'admirer, toucher du doigt un fragment de la Seconde Guerre mondiale — intact.
Le 27 janvier 1944, le pilote Harry Greenup avait été touché par des tirs allemands. Il avait réussi à amerrir, à s'extirper de l'habitacle. L'appareil, lui, avait sombré. Et il était resté là, préservé par l'eau salée, pendant huit décennies.
Jusqu'au 17 juillet 2026.
Ce jour-là, selon Sud Ouest, qui rapporte les faits, l'épave a été disloquée. « Un spectacle de désolation pour les plongeurs locaux », relate le quotidien régional, citant La Provence. La carcasse n'est plus qu'un champ de débris éparpillés. Quelques bouts de ferraille. Rien de plus.
Le responsable présumé ? L'ancre de l'Orient Express Corinthian.
Le plus grand voilier du monde et son ancre de 220 mètres
L'Orient Express Corinthian n'est pas un navire ordinaire. C'est un voilier de croisière de luxe de 220 mètres de long, présenté comme « le plus grand du monde ». Quatre ponts. 54 suites. 110 passagers. Un coût estimé à plus de 500 millions d'euros, selon Nice-Matin. Propriété des groupes LVMH et Accor, il venait d'être livré par les chantiers de l'Atlantique et effectuait sa tournée inaugurale en Méditerranée.
Il mouillait dans la zone, ce jour-là. Et son ancre — une masse d'acier proportionnelle au navire — est venue s'abattre sur l'épave.
Les circonstances exactes ? À déterminer. Le parquet de Toulon a ouvert une enquête. On ignore encore si le capitaine connaissait la présence du vestige historique, si les cartes marines le signalaient, ou si l'ancrage était autorisé à cet endroit. Selon 20 Minutes, il lui appartenait de se renseigner. Mais la question est désormais judiciaire.
Un délit puni jusqu'à 10 ans de prison
La destruction de vestiges archéologiques — et les épaves sont classées comme telles — est un délit en France. Le code du patrimoine prévoit jusqu'à 150 000 euros d'amende et 10 ans d'emprisonnement. L'enquête du parquet de Toulon devra déterminer si l'acte relève de la négligence, de l'imprudence, ou d'une faute plus grave.
Pour l'instant, rien n'est établi. Le navire n'a pas été immobilisé. Aucune mise en examen n'a été annoncée. La présomption d'innocence s'applique.
Mais le symbole est lourd.
D'un côté, un vestige de guerre, mémoire d'un pilote américain abattu par les Allemands, préservé pendant 82 ans par la mer. De l'autre, un jouet de milliardaires, long comme un terrain de football, dont l'ancre a suffi à réduire en poussière ce que le temps avait épargné.
Ce que ça dit de la France
Ce fait divers n'est pas qu'une anecdote. Il révèle une tension silencieuse, mais réelle.
La France compte des milliers d'épaves sur ses côtes. Certaines sont répertoriées, protégées. D'autres non. Leur préservation dépend souvent de la bonne volonté des navigateurs, de la vigilance des plongeurs, et de l'absence de gros porteurs dans les parages.
Mais quand un navire de 220 mètres — le plus grand du monde — jette l'ancre dans une baie abritant un vestige classé, le rapport de force est inégal. L'épave ne pèse rien face à l'acier d'un paquebot de luxe. Et personne, semble-t-il, n'a alerté le capitaine.
La question n'est pas de diaboliser LVMH ou Accor. Elle est de savoir pourquoi un site historique, connu des plongeurs, signalé dans les archives, n'a pas été protégé par des bouées, des balises, ou une interdiction d'ancrage. Pourquoi un vestige classé peut être détruit en un après-midi, sans que personne n'intervienne.
La réponse tient en un mot : l'État.
L'État qui manque de moyens pour cartographier et protéger son patrimoine sous-marin. L'État qui laisse les épaves à la merci des ancres, des courants et du temps. L'État qui, une fois le dégât fait, ouvre une enquête — mais n'avait rien fait pour l'empêcher.
C'est une constante française : on répare après, on ne prévient pas avant. On dépense des millions en procédures, en expertises, en indemnités. Mais on refuse d'investir quelques milliers d'euros dans des bouées de signalisation.
Le contribuable paiera l'enquête. Le plongeur pleure son épave. Et le voilier, lui, a déjà levé l'ancre.
Et maintenant ?
L'enquête du parquet de Toulon devra établir les responsabilités. Plusieurs questions restent ouvertes :
- Le capitaine de l'Orient Express Corinthian avait-il connaissance de la présence de l'épave ?
- Les cartes marines de la zone mentionnaient-elles le site ?
- L'ancrage était-il autorisé à cet endroit précis ?
- Qui, à terre, aurait dû signaler le danger ?
Les réponses détermineront si l'affaire se solde par une amende, un procès, ou un classement sans suite.
Mais une chose est sûre : l'épave du P-38 ne sera jamais reconstituée. Harry Greenup, lui, a survécu à son crash. Son avion, lui, n'a pas survécu à l'ancre d'un voilier de luxe.
La mer a gardé le secret pendant 82 ans. Il a suffi d'un après-midi pour le briser.
Sources : Sud Ouest Faits Divers (28 juillet 2026), La Provence, Nice-Matin, 20 Minutes.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
Ne manquez aucun scandale
Recevez chaque matin les enquêtes que la France préfère oublier. Gratuit, sans spam.
Les autres épisodes de ce dossier
Voir tout le dossier →Épisode 30 · 2026-05-10
Ormuz : la France envoie le Charles-de-Gaulle au cœur du piège iranienÉpisode 32 · 2026-07-08
Marine Le Pen condamnée : le RN entre crise judiciaire et guerre des chefsÉpisode 33 · 2026-07-28
L'ancre d'un voilier de luxe LVMH/Accor détruit une épave de la Seconde Guerre mondiale à Saint-Cyr-sur-Mer


