Affaire Tegnér : le juge Youssef Bader mis en cause pour ses positions ethnicistes

Erik Tegnér, fondateur du média Frontières, a été condamné pour avoir divulgué les données personnelles d'avocats spécialisés en droit des étrangers. Mais l'affaire ne s'arrête pas là. Le juge qui a rendu la décision, Youssef Bader, a signé un livre aux positions clairement ethnicistes. Et ce livre, tout le monde peut le lire.
Une condamnation qui interroge
La loi Samuel Paty, adoptée après l'assassinat du professeur en 2020, est censée lutter contre le harcèlement en ligne. C'est sur cette loi que s'appuie la condamnation de Tegnér. Mais selon la vidéo analysée par Le Dossier, cette loi est « retournée pour empêcher le travail journalistique ». Pourquoi ? Parce que Tegnér et Frontières, dans leur enquête sur le « lobby immigrationniste », affirment n'avoir utilisé que des informations publiques. « Ils donnent des informations publiques déjà connues », dit la vidéo.
Une jurisprudence inquiétante ? Mathieu Mollard, journaliste à Street Press — média de gauche —, s'inquiète ouvertement. « Je m'inquiète d'une jurisprudence tegnaire », dit-il. « Si on peut retourner la loi Samuel Paty contre quelqu'un sur le mode arbitraire comme ça, pour empêcher des enquêtes, est-ce que ça pourrait nous frapper demain ? » (source : vidéo)
Le juge et son livre
L'AFP a révélé le nom du juge : Youssef Bader. Dès lors, son profil est devenu public. Et ce profil est pour le moins marqué. Bader est l'auteur d'un ouvrage intitulé Pour une justice aux mille visages. Un livre où il défend une vision ethniciste de la justice. La vidéo en cite plusieurs extraits.
Premier extrait : « Les rappels à l'ordre ne sont pas toujours suivis des faits par la justice. Ils se sentent souvent en terrain hostile, lorsque les gens vont devant les tribunaux, face à une justice qui se ressemble blanche, avec peu de diversité. » (source : vidéo)
Deuxième extrait : « Depuis mon entrée dans l'âge adulte, la figure de l'autre en France, c'est le musulman. Un autre qui représente déjà un Français sur dix, selon l'INSEE, et dont la part devrait continuer à croître dans les prochaines décennies. » (source : vidéo)
Troisième extrait : « Notre modèle républicain a été longtemps fondé sur un universalisme abstrait, aveugle aux différences, dans lequel les appartenances particulières devraient s'effacer dans l'espace public. Dans une société devenue fondamentalement plurielle, on continue à raisonner comme si la France devait être absolument homogène. » (source : vidéo)
Quatrième extrait, le plus frappant : « Je pense très sincèrement que le rapport à la justice changera aussi lorsque les prévenus seront jugés par des gens qui leur ressemblent — et pas que physiquement, mais socialement aussi. » (source : vidéo)
La vidéo pose une question simple : « Si la personne qui me juge me ressemble physiquement, j'ai plus de raison de lui faire confiance. Dois-je conclure dès lors que Tegnér, parce qu'il ne ressemble pas physiquement à M. Youssef Bader, n'aurait pas dû lui faire confiance ? » (source : vidéo)
Un procès politique ?
La vidéo affirme que cette condamnation est un « procès politique ». Pour étayer cette thèse, elle souligne que le juge Bader a tout fait pour que l'on connaisse ses positions. « Nous sommes devant un juge qui a tout fait pour que l'on sache quel est son arrière-fond mental, intellectuel et idéologique en multipliant les prises de paroles publiques et un ouvrage », dit la vidéo. (source : vidéo)
Ce n'est pas un hasard. Le travail de recherche sur le juge Bader a été mené par Pierre Sautarelle, connu du CET (Cercle d'Études et de Travail). Selon la vidéo, cette recherche « a documenté la pensée [du juge] sans aucun harcèlement ». Le but était de comprendre qui était derrière la décision.
Mais le débat a vite dévié. Pourquoi ? Parce que le juge a été victime de menaces et d'insultes racistes. La vidéo le condamne sans appel : « Évidemment, ceux qui, prenant prétexte de l'existence de ce juge, cherchent à le menacer, qui envoient des insultes racistes, c'est évidemment inacceptable. » (source : vidéo)
Pourtant, cette violence détourne l'attention du fond. « L'origine de la polémique n'existe plus. Le fait premier — qu'il y avait une décision de justice politique contre un journaliste — n'existe plus. Tout ce qui nous intéresse, c'est transformer en victime celui qui a d'abord et avant tout condamné un homme sur le mode de la justice politique. » (source : vidéo)
Le silence médiatique ?
Selon la vidéo, les médias auraient verrouillé le débat. L'exemple donné : Marion Maréchal, invitée sur une chaîne Info, a tenté de soulever la question de l'orientation idéologique du juge. « Elle cherche à présenter le profil du juge en disant : Honnêtement, il y a quand même une orientation idéologique. Et le journaliste qui l'interview fait tout pour la faire taire. » (source : vidéo)
Elle insiste. Il veut la faire taire. Elle insiste encore. Elle réussit à dire ce qu'elle veut. Mais « on voit qu'il y a un mécanisme de censure publique lorsqu'on ne veut pas qu'une question soit abordée », conclut la vidéo.
Un constat partagé par certains observateurs. La liberté d'expression serait en danger. « Si on ne défend pas la liberté d'expression en ce moment, et si on ne dénonce pas un pouvoir répressif — de plus en plus répressif — qui réclame le droit de ne pas être critiqué, demain ce sera les libertés de tous qui y passeront », ajoute la vidéo. (source : vidéo)
L'état de droit en question
La vidéo interroge la notion même d'état de droit. « L'État de droit, aujourd'hui, a changé de définition. C'est le système de justice qui, lorsqu'il devient partiel — lorsqu'il devient militant —, se discrédite lui-même. Le droit est politique. Il va falloir cesser de croire qu'on est dans une société de droit divin. » (source : vidéo)
Elle compare la France aux États-Unis, au Canada, à la Grande-Bretagne. Partout, on questionne l'identité idéologique des juges. « Aux États-Unis, on se questionne sur l'identité idéologique des juges à la Cour suprême. Même chose au Canada. On voit à quel point les juges sont orientés. » (source : vidéo)
Conclusion de la vidéo : l'état de droit « fonctionne sous fausse représentation. Ils ne conservent plus nos libertés et nos droits. Ils consacrent le pouvoir d'une caste en prétendant défendre nos droits. Nous ne sommes pas obligés de faire semblant de croire à ce mensonge. » (source : vidéo)
Une jurisprudence qui inquiète
Mathieu Mollard, journaliste à Street Press, s'inquiète donc d'une « jurisprudence tegnaire ». Son argument est simple : si la loi Samuel Paty peut être retournée contre un journaliste d'extrême droite, demain elle peut être retournée contre un journaliste de gauche. « Si on ne défend pas la liberté d'expression en ce moment, et si on ne dénonce pas un pouvoir répressif, de plus en plus répressif, et qui prétend, qui réclame le droit de ne pas être critiqué, demain, ce sera les libertés de tous qui y passeront. » (source : vidéo)
La question est posée. Faut-il défendre la liberté d'expression pour tous, y compris pour ceux que l'on n'aime pas ? Ou doit-on accepter que la justice soit arbitraire à l'égard de ceux que l'on déteste ?
La vidéo répond : « Si on considère que dès lors qu'on n'aime pas quelqu'un, la justice peut être arbitraire à son endroit, c'est qu'on ne croit plus en la justice tout simplement. » (source : vidéo)
Le juge Bader répondra-t-il ?
Contacté par l'AFP, le juge Bader n'a pas encore répondu aux questions sur ses positions. Son livre est public. Ses prises de parole sont publiques. Il a le droit d'écrire et de prendre position. Mais la question est : peut-on critiquer un juge sur la base de ses écrits ? La vidéo répond par l'affirmative : « Un juge qui prend la peine d'écrire un livre tient pour acquis qu'on ait le droit de critiquer ses positions. À moins qu'il nous dise que sa parole est à ce point sacrée qu'il a le droit d'écrire sans qu'on ait le droit de critiquer sa prise de position publique. » (source : vidéo)
Une affaire qui divise
L'affaire Tegnér divise profondément. D'un côté, ceux qui voient en la condamnation une victoire contre le doxing et le harcèlement. De l'autre, ceux qui y voient un procès politique, mené par un juge aux positions ethnicistes.
Les faits sont là. Erik Tegnér a été condamné pour avoir divulgué des données personnelles. Le juge Youssef Bader a écrit un livre où il appelle à une justice ethnique. Les menaces racistes contre le juge sont condamnables. Le débat public a été détourné par ces menaces.
Sources
- AFP
- Ouvrage « Pour une justice aux mille visages » de Youssef Bader
- Travail de recherche de Pierre Sautarelle
- INSEE
- Vidéo YouTube analysée
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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