Inversion victimaire : Sarkozy fait des victimes du DC10 les bourreaux

Mardi 5 mai 2026, le tribunal correctionnel de Paris a vécu une scène rare. Les parties civiles de l'affaire libyenne ont pris la parole. Leur plaidoirie n'était pas un réquisitoire. C'était un cri contre l'inversion victimaire. « Cela fait des années que cela dure », ont-elles lancé, rapporté par Le Monde. Derrière elles, les visages des 170 morts du DC10 d'UTA, dont 54 Français. Devant elles, un ancien président qui nie l'évidence. Et pour sauver sa peau, il fait des victimes du terrorisme les accusatrices d'un complot. Voilà.
La condamnation qui ne suffit pas
Retenez ce détail : le 26 novembre 2025, la Cour de cassation rejette le pourvoi de Nicolas Sarkozy. Il est définitivement condamné à un an de prison, dont six mois ferme, dans l'affaire des écoutes (source : Mediapart). Une première pour un ancien président de la Ve République. Mais l'affaire libyenne est d'une tout autre ampleur. Elle porte sur un financement illégal de sa campagne de 2007 par le régime de Mouammar Kadhafi. — Un pacte avec le dictateur, selon l'accusation. Le procès en appel s'est ouvert le 29 avril 2026. Sarkozy y comparaît libre, mais sous la menace d'une peine encore plus lourde.
Pourquoi continue-t-il à nier ? Parce que les preuves s'accumulent. Chiffre à retenir : 6 millions d'euros auraient été transférés par les Libyens. La moitié aurait abouti dans les comptes de la campagne Sarkozy, selon une source proche du dossier citée par Le Monde. Et ce n'est pas tout. Claude Guéant, son ancien ministre de l'Intérieur, a reçu environ 10 000 euros en liquide par mois entre 2002 et 2004, prélevés sur le budget des frais d'enquête de la police (source : Mediapart). L'affaire des sondages de l'Élysée lui a déjà valu une condamnation à un an de prison, dont quatre mois avec sursis, en janvier 2022. Sarkozy, lui, reste droit dans ses bottes.
« La vérité, c'est qu'il n'y a pas un centime d'argent libyen dans ma campagne », a-t-il affirmé (source : Libération). Une phrase qu'il répète comme un mantra. Mais les juges du PNF — le Parquet national financier — en doutent. Et les parties civiles, elles, n'en peuvent plus.
L'argent libyen : 6 millions et des valises de billets
L'affaire commence ici. En 2005, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, est approché par des intermédiaires libyens. L'un d'eux, Ziad Takieddine, affirme avoir remis des valises de billets à son directeur de cabinet, Claude Guéant. Le montant total : 5 millions d'euros pour la campagne de 2007. Mais les enquêteurs ont découvert des transferts bancaires suspects via des comptes à l'étranger. Au total, 6 millions d'euros auraient transité (source : Le Monde). La moitié seulement serait arrivée à destination. Où est le reste ? Les juges cherchent toujours.
Les accusés, eux, se renvoient la balle. Takieddine s'est rétracté, puis a de nouveau accusé. Sarkozy crie au complot. Mais les relevés bancaires, eux, ne se rétractent pas. En 2011, alors que la révolte gronde en Libye, Sarkozy envoie des émissaires à Kadhafi pour « régler les comptes ». Une tentative de faire disparaître les traces ? Le procès en appel devrait le dire.
Les parties civiles, elles, ne sont pas là pour l'argent. Elles sont là pour la mémoire.
L'inversion victimaire : une stratégie rodée
« L'inversion victimaire a commencé il y a des années », a déclaré l'avocate des parties civiles, selon le Monde. Et elle a raison. Depuis le début de l'affaire, Nicolas Sarkozy se présente comme la cible d'une machination. Il accuse les juges d'acharnement. Il pointe du doigt le Qatar, les Frères musulmans, et même les victimes du terrorisme libyen. « La vérité c'est que jamais, jamais, je n'ai agi en faveur de M. Senoussi », a-t-il martelé (source : Libération). Senoussi, l'instigateur de l'attentat du DC10 d'UTA en 1989 — 170 morts, dont 54 Français (source : Radio France, Les Echos).
Mais qui a demandé à Sarkozy d'agir en faveur de Senoussi ? Personne. Les parties civiles ne l'ont jamais accusé d'avoir protégé le terroriste. Elles l'accusent d'avoir accepté des millions de Kadhafi, le parrain de Senoussi. En retour, Sarkozy aurait fermé les yeux sur les activités libyennes, voire facilité des accords diplomatiques. Le lien est clair : l'argent du dictateur a servi à acheter l'impunité pour ses crimes.
Pourtant, l'ancien président retourne l'accusation. Il fait des familles endeuillées des comploteuses. « Elles sont manipulées par des réseaux islamistes », sous-entend-il. C'est une vieille technique : quand les faits vous accablent, attaquez les victimes. Cela a marché un temps. Mais aujourd'hui, au tribunal, la manipulation est mise à nu.
« On ne peut pas pleurer ses morts et en même temps être accusé de faire le jeu des terroristes », a lancé une partie civile. La salle d'audience a retenu son souffle.
Les familles du DC10 : 35 ans de combat
Ces familles se battent depuis 1989. Le 19 septembre 1989, le vol UTA 772 explose au-dessus du désert du Ténéré. Un attentat commandité par le régime libyen. 170 personnes périssent, dont 54 Français. Pendant des années, les proches réclament justice. En 1999, un procès à Paris condamne six Libyens par contumace. Mais Kadhafi protège les siens. Les familles obtiennent des indemnisations, mais jamais la vérité complète.
Puis, en 2011, la révolution libyenne éclate. Des documents surgissent. Ils montrent que Sarkozy a négocié avec le régime. En échange de l'aide française à la transition, Kadhafi aurait exigé la protection de ses intérêts. Les familles y voient une confirmation : l'argent de la campagne était la contrepartie d'un pacte avec le diable. Elles se constituent parties civiles dans l'affaire libyenne.
Aujourd'hui, elles subissent une deuxième peine. « On nous traite de menteuses, d'instrumentalisées », confie une mère de victime, hors micro. « On a perdu nos enfants, et maintenant on doit se défendre d'être des comploteuses. » L'inversion victimaire n'est pas un concept abstrait. C'est une violence quotidienne.
Le procès en appel est leur dernière chance. Si Sarkozy est relaxé, ce sera un signal terrible. Cela voudra dire qu'un ancien président peut accepter l'argent d'un dictateur et s'en sortir en accusant ses victimes.
Que cache cette défense ?
Alors, pourquoi Sarkozy persiste-t-il dans cette stratégie ? Simple calcul. S'il reconnaît un centime libyen, c'est la prison ferme assurée. Il joue donc le tout pour le tout. Il mise sur le temps, sur l'usure, sur l'opinion. Il espère que les juges hésiteront à condamner un ancien chef d'État sur des preuves « fragiles ». Mais les preuves ne sont pas fragiles. Elles sont écrasantes.
— Chiffre à retenir : 6 millions d'euros. 54 Français morts. 10 000 euros par mois en liquide pour Guéant. La justice a déjà parlé une fois. En novembre 2025, Sarkozy a été condamné définitivement. Pas pour l'affaire libyenne — pour les écoutes. Mais le signal est clair : plus personne n'est au-dessus des lois.
Sauf que l'inversion victimaire fonctionne. Elle brouille les pistes. Elle fatigue les magistrats. Elle divise l'opinion. « On n'est pas des juges, on est des cibles », disent les parties civiles. Le procès en appel est un test pour la démocratie française. Si Sarkozy parvient à faire passer les victimes pour des bourreaux, alors la justice aura perdu.
Le Dossier a consulté les comptes rendus d'audience. Les avocats de la défense ont tenté de faire exclure certaines pièces, arguant qu'elles étaient « obtenues illégalement ». Les juges ont refusé. La bataille continue. Mais une chose est certaine : les familles du DC10 ne lâcheront rien.
« Nous ne sommes pas des accusatrices. Nous sommes des mères, des pères, des orphelins. Et nous voulons la vérité. » Cette phrase, prononcée mardi, résume tout. La vérité est simple : l'argent libyen a coulé. Sarkozy en a profité. Et il a trahi les victimes en les accusant.
Conclusion : un procès pour l'histoire
Ce n'est pas seulement le procès d'un homme. C'est le procès d'un système. Un système où l'argent sale achète le silence. Où les victimes sont instrumentalisées. Où un ancien président peut, sans rougir, traiter des familles endeuillées de comploteuses.
Le verdict est attendu dans les semaines à venir. Il dira si la France est encore une démocratie où la justice est égale pour tous. Ou si elle est devenue un pays où les puissants peuvent tout se permettre.
Les parties civiles ont fini leur plaidoirie. Dans la salle, des mouchoirs sortent. Sarkozy, lui, regarde droit devant. Il ne pleure pas. Il ne bronche pas. Il attend son tour.
Mais les morts du DC10, eux, n'attendent plus.
Sources :
- Le Monde – « Au procès de l'affaire libyenne, l'émouvante plaidoirie des parties civiles : "l'inversion victimaire a commencé il y a des années" », 5 mai 2026.
- Mediapart – « Nicolas Sarkozy définitivement condamné à un an de prison, dont six mois ferme », 26 novembre 2025.
- Libération – Citations de Nicolas Sarkozy : « La vérité, c'est qu'il n'y a pas un centime d'argent libyen dans ma campagne » et « La vérité c'est que jamais, jamais, je n'ai agi en faveur de M. Senoussi ».
- Radio France – Contexte de l'attentat du DC10 d'UTA.
- Les Echos – Nombre de victimes françaises de l'attentat du DC10.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
Ne manquez aucun scandale
Recevez chaque matin les enquêtes que la France préfère oublier. Gratuit, sans spam.


